Soutenance prévue le vendredi 13 décembre 2024 à 14h00
Lieu : Université de Tours – MSH Val de Loire Allée Ferdinand de Lesseps , 37100 Tours
Salle polyvalente
Ecole doctorale : Sciences de la Société : Territoires, Economie, Droit – SSTED
Unité de recherche : CItés, TERritoires, Environnement et Sociétés
Composition du jury :
- Mme Noria SEMMOUD-BENABDALLAH, Université de Tours, directrice de thèse
- M. Olivier LEGROS, Université de Tours, examinateur
- M. Dominique ROYOUX, Université de Poitiers, rapporteur
- M. Mourad BEN JELLOUL, Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, rapporteur
- Mme Hend BEN OTHMAN, l’IRMC Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain, examinatrice
Mots-clés : quartiers non réglementaires, contexte postrévolutionnaire, rapports de pouvoir, compétences citadines, actions collectives, politisation
Résumé :
Les politiques néolibérales, en plaçant les villes en compétition entre elles, créent des marges urbaines mises à l’écart du reste de la ville. Prônant un urbanisme de projet, les politiques d’habitat sélectives excluent les populations et les plus modestes. De ces situations naissent des pratiques informelles afin d’avoir un logement : l’habitat non réglementaire se positionne dès lors comme une solution pour ces populations exclues par des politiques d’habitat défectueuses. Dans le Grand-Tunis, à l’aube des soulèvements du 14 janvier 2011, l’habitat non réglementaire s’est considérablement développé, entrainant des mutations majeures sur la scène urbaine. A partir d’un travail empirique, la thèse analyse l’évolution des rapports entre les habitants des quartiers non réglementaires et des pouvoirs publics et locaux dans un contexte postrévolutionnaire. Ces rapports portent sur l’équipement, la régularisation et la réhabilitation de ces territoires. Il ressort que cette évolution soit paradoxale qui oscille entre négociations entre ces deux acteurs dans un climat d’ouverture à la parole et entre une reconduite des pratiques du passé, se traduisant en rapports de force et pratiques clientélistes. Il découle de même que cette évolution paradoxale des rapports entre habitants des quartiers non réglementaires et autorités impactent les ressources déployées dans ces territoires. Cela se traduit par des mutations ambivalentes de ces ressources. Si certaines se renforcent, d’autres peuvent être susceptibles de régresser dans ce contexte marqués par plusieurs paradoxes. Longtemps assimilés à des lieux de pauvreté et de délinquance, les quartiers non réglementaires représentent de véritables laboratoires de compétences citadines. Les habitants mobilisent des « arts de faire » (De Certeau, 1990) et un savoir-faire pour atténuer l’acuité d’un vécu difficile dans ces entités urbaines. Face à un creusement des inégalités socio-spatiales, des actions collectives se déploient à l’échelle de ces territoires. Ces mobilisations -qu’elles soient visibles ou discrètes- réclament un certain droit à la ville à travers une reconnaissance officielle et une intégration à la ville. Les résistances quotidiennes révèlent de véritables compétences politiques de ces « citadins ordinaires » présentés dans les registres officiels comme des « acteurs faibles ». La multiplication des actions collectives façonnent ces territoires et redessinent les rapports entre autorités et habitants de ces lieux. De ce fait, les quartiers non réglementaires représentent des territoires politisés par excellence. Le contexte actuel me mène à questionner le devenir de ces actions collectives à l’heure du redéploiement de pratiques répressives mais aussi au devenir des multiples ressources de ces territoires. Peut-on toujours parler de rapports paradoxaux entre habitants des quartiers non réglementaires et pouvoirs publics et locaux ?