Mardi 11 mars 2025, 13h00-18h00, université de Tours, site des Tanneurs, salle des Actes (TA 203)
Le dossier d’habilitation à diriger des recherches est composé de trois manuscrits :
– Volume 1 – Parcours scientifique et Curriculum Vitæ : « Un parcours scientifique au prisme des coïncidences » (126 p.)
– Volume 2 – Mémoire de synthèse (manuscrit inédit) : « Le soin des restes. Le renouvellement des luttes écologiques et sociales pour transformer la relation sociétale aux déchets » (295 p.)
– Volume 3 – Choix de publications (240 p.)
Résumé du manuscrit inédit :
Cette habilitation à diriger des recherches en sociologie présente un travail inédit de réflexion et d’enquête sur la façon dont l’essor d’initiatives collectives de récupération, de réparation et de faire soi-même constitue un foyer de transformation de la relation sociétale aux déchets, et plus largement, des formes d’engagement et d’action des luttes écologiques.
Deux grandes parties structurent le manuscrit inédit, qui renvoient à deux-étapes clés de l’émergence et de la structuration de ces initiatives mises au jour en prenant appui sur une enquête sociologique multi-située approfondie. La première partie est consacrée au versant initial et écologique de ces initiatives. Elle montre, d’une part, comment ces initiatives renouvellent les formes d’engagement et d’action collective des luttes écologiques en direction d’un « activisme de l’expérience » et l’univers même du pensable des « déchets » par l’idée d’un « soin » et d’un « rapport artisanal aux restes »; d’autre part, comment elles peuvent ainsi être considérées comme un mouvement discret de réforme de notre sensibilité à l’endroit des restes, et plus largement, de notre rapport aux choses et à la matérialité du monde.
La seconde partie est consacrée à la façon dont l’appropriation de ce « master frame » ou registre du « soin des restes » par un acteur central de la solidarité et de la récupération, Emmaüs, introduit des enjeux de justice sociale dans les enjeux écologiques attachés aux restes, et peut être conçue comme un terrain de rapprochement/d’expérimentation des luttes écologiques et sociales. Cette seconde partie convie alors la lectrice et le lecteur au cœur du mouvement Emmaüs, dans ses activités de récupération, en particulier de récupération et d’upcycling textiles, que prennent en charge les salariés en insertion dans le mouvement, jusqu’à sa lisière, celle de femmes pauvres racisées en quartier d’habitat social. Elle met au jour comment ce recodage du soin des restes en termes de justice sociale le rapproche des questions soulevées par le craftivisme, et en particulier par la notion de crafted resistance qui relie le travail artisanal à la représentation des groupes faibles, souvent féminins.
Plus fondamentalement, ce travail minutieux d’enquête et de réflexion invite à considérer cet activisme du soin des restes comme une des scènes – située dans un « entre-deux » feutré et non radical – de révision d’une vision romantique (et souvent masculine et héroïque) de la résistance et du militantisme des luttes écologiques.
Merci aux personnes souhaitant assister à la soutenance de contacter Isabelle Hajek par email afin de faciliter son organisation: hajek@unistra.fr